Noir Jaune Bleu Rouge Noir Jaune Bleu Rouge 8 8 Noir Jaune Bleu Rouge Noir Jaune Bleu Rouge NoirJaune BleuRouge NoirJaune BleuRouge 1 WILFRIED TSONJO-W NGAWILFRIED TSONJO-W NGA SIÇA SE TROUVE, la nuit, dans les discothèques, on ne... [More]
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1 WILFRIED TSONJO-W NGAWILFRIED TSONJO-W NGA
SIÇA SE TROUVE, la nuit, dans les
discothèques, on ne danse plus du
toutle« mia »maislachorégraphie
des pouces, inventée à Melbourne
et immortalisée à Bercy.
Si ça se
trouve, le jour, des sociologues
réfléchissent au boom à l’état-civil
de petits Jo-Wilfried ou même de
petites Jo-Wilfriedette.
Et si ça se
trouve aussi, les mêmes sociologues s’interrogent sur la flambée
des permis de pêche chez une jeunesse française convertie à la passion de Tsonga pour le toc, le leurre
et l’art du bien mouliner.
Bon, d’accord, il ne faut peut-être
pas pousser.
La « tsongamania » a
certes fait des vagues de janvier à
novembre, de l’été australien à
l’automne parisien, mais elle n’a
probablement pas atteint ces extrémités.
Sinon, pourquoi ne pas imaginer tant qu’on y est que Savignél’Évêque, fief de la famille Tsonga,
tout près du Mans, est désormais
plus couru l’été que « SaintTrop » ?
Dans le doute, il est plus prudent
d’en rester à des effets Tsonga
mieux mesurables.
« Big Jo » a
attaqué l’année dossard 38 dans le
peloton ATP et l’a conclue par un
titre ronflant à Paris-Bercy et une
qualification au Masters à Shanghai.
Quand il retrouvera sa chère
Australie, très bientôt, il sera
6e mondial.
En voilà une promotion
qu’elle est belle ! En plus, elle a
souffert pour être belle.
Entre le barouf de l’éclosion (finale
àl’Opend’Australie)etlehappyend
(premier titre pro, à Bangkok, premièrecouronne enMastersSeries,à
Bercy), il y a eu un injuste milieu qui
n’aurait jamais pu être sponsorisé
par Rire et Chansons.
La blessure,
oui, oui, cette vieille connaissance,
a de nouveau fait sa maligne cette
année avec Tsonga.
Because le
genou, le Manceau aura manqué la
moitié européenne des tournois du
Grand Chelem (Roland-Garros et
Wimbledon), un tiers des Masters
Series (Monte-Carlo, Toronto et
Cincinnati) et les Jeux Olympiques.
Aussi féconde fut-elle, l’année de
Tsonga n’a donc pas été couleur
rose bonbon.
Ilafallu,commelesannéesd’avant,
voir, revoir, re-revoir le docteur et
écouter ce corps qui est à la fois une
arme et son contraire.
Souvent, ce
pistolet se retourne contre Tsonga.
Par cœur, il le sait.
L’homme de la
rue se demande pourquoi le poids
plume Gilles Simon n’est pour ainsi
dire jamais blessé et pourquoi
l’armoire à glace Tsonga fait
« craaack » si fréquemment.
Cette
question, Jo l’a entendue cent fois,
mille fois peut-être.
Il a toujours sur
lui la réponse.
« Gilles pèse trente
kilos de moins que moi, donc ses
articulations sont moins traumatisées.
Lui c’est un marathonien, moi
un sprinteur et le sprinteur est plus
fragile que le marathonien.
D’ailleurs, nous avons chacun le jeu qui
va avec.
Gilles, son truc, c’est d’user
ses adversaires ; moi je ne les use
pas, je les écrabouille ! »
Quand on entend cela, on pense du
tacautacàcettedemi-finaleépoustouflante de l’Open d’Australie et à
Rafael Nadal, dévoré tout cru 6-2,
6-3, 6-2, qui n’avait jamais ressemblé autant à un fétu de paille que ce
soir-là.
C’était du grand art.
C’était
pour revoir cela que Sting et ses
deuxcollèguesde Police,en concert
la veille à Melbourne, étaient venus
s’asseoir en tribune le jour de la
finale.
Ils auront vu un bout
d’exploit, un set exactement, pas
l’exploit tout entier.
À deux sets
près, Tsonga devenait le légataire
officiel de Yannick Noah, vingt-cinq
ans après Roland-Garros (1).
Mais
Novak Djokovic lui ferma le clapet
(4-6, 6-4, 6-3, 7-6).
Au micro,
s’adressant à la Rod Laver Arena, le
Serbe, qui n’oublie jamais d’être
futé, s’excusa presque : « Je sais
que vous auriez préféré que Tsonga
gagne.
J’espère que vous ne m’en
voulez pas trop.
» Il avait très bien
compris qu’il avait battu Tsonga
à tout, sauf au concours de
popularité.
Qui a pu oublier les mémorables
hommages musicaux rendus au
Français pendant son aventure ?
Qui n’a pas sur son lecteur MP 3 la
chanson de Kieran Butler, voix bien
connue des cabarets de Melbourne ? Sur l’air de la Macarena, il
avait remplacé le « Ohhhh ! Macarena ! »du refrain par un « Alleeez,
Allez Tsonga ! » .
Qui n’a pas dansé
sur Tsonga Tsunami, créé par le
groupe de rap français Nelopo ?
Oui, qui ?
L’Australie est une île où on croise
des kangourous, un opéra en forme
de coquillage, des opossums et des
coraux qui font barrière.
L’Open
d’Australie est un tournoi où il se
passe toujours quelque chose de
spécial et où, souvent, un personnage naît.
Après Marcos Baghdatis
(2),aprèsArnaudClément(3),cefut
Tsonga.
L’année d’avant, alors qu’il n’était
qu’un sans-grade (212e
mondial),
Tsonga avait déjà tapé dansl’œil de
la presse australienne.
Un peu à
cause de son fantastique tie-break
gagné contre Andy Roddick au premier tour (21-19), beaucoup parce
qu’il fut alors élu sosie officiel de
Muhammad Ali, du temps où le
boxeur s’appelait encore Cassius
Clay.
La ressemblance était troublante mais, à l’époque, ça faisait
unebelle jambe à Tsonga.
Battu par
l’Américain, il n’était pas d’humeur
à faire « mumuse » .
« Quand j’ai affronté Roddick, je ne
me sentais pas
à ma place
dans le vestiaire de Melbourne, expliqua-t-il plus
tard.
J’étais là
p a r c e q u ’ i l
e x i s t e u n
accordentre les
féd é r atio n s
française et
australienne et
q u e , g e n t iment, on a pensé à moi pour
une wild-card.
Dans mon esprit,
j’étais une pièce rapportée.
Dans le
vestiaire, je disais " Excuse me "
toutes les trente secondes.
C’était
" Je suis là mais faites comme si je
n’étais pas là " .
»
Il courait après la légitimité.
Il tombasur elle le lundi 14 janvier dansla
RodLaverArena.
Onluiavaitencore
mis un Andy en travers de sa route
au premier tour à Melbourne.
Ce
n’était plus Roddick mais un autre
Andy,Murray,9e mondial.
Encorela
mer à boire.
Mais cette fois Tsonga
avaittrèssoif.
Alors ilagagné puisil
a montré son dos avec les pouces,
comme si sa chemise était floquée.
Il n’y avait aucun nom à lire, plutôt
un message qui n’avait rien à voir
avec les « Excuse me » de l’année
d’avant.
« C’est sûr, c’est ma plus
belle » , nous avait-il dit alors.
Il
n’en savait rien mais sa plus belle
allait être dépassée par une plus
belle, contre le Russe Mikhaïl
Youznhy, puis par une franchement
canon, contre Nadal.
La danse des pouces en janvier,
l’index levé à l’heure d’entrer dans
Bercy le jour de la finale contre
David Nalbandian en novembre,
Tsonga possède un sixième sens
pour se mettre en scène.
Il paraît
qu’on appelle ça le charisme et que
ça ne s’apprend pas.
Soit on l’a, soit
on s’en passe.
Monsieur Bidule et madame Trucmucheontbienremarqué cedédoublement de personnalité entre
Tsonga viepublique et Jovieprivée.
Ils disent que c’est fou ce qu’il
dégage sur un court et combien ça
retombe ensuite quand il parle avec
savoixde velours, unefois le volcan
éteint.
« Je ne suis pas schizo, sourit
Tsonga.
Dans les deux cas, je suis
tout à fait moi.
Je lève l’index pour
faire se dresser Bercy et ensuite je
suis tout calme devant la presse.
Je
suis vachement pudique de nature,
sauf quand je joue au tennis.
Là, je
rentre dans la peau de quelqu’un
d’autre.
Ça me fait penser aux
acteurs, ou plutôt aux comiques.
Le
comique fait marrer tout le monde
quandilestsurscène etensuite,àla
télé, on lui demande de faire pareil.
Saufquec’estfini, là.
Ilestlui, pasle
comiquedeservice.
Onattenddelui
qu’il sorte des vannes toutes les
deuxminutes.
Commeunacteur,un
sportif écrit une histoire, il raconte
quelque chose dans un match.
Après, quand c’est fini, il s’explique
sur ça mais il n’est plus dedans.
C’est le contraire qui serait bizarre :
si j’étais sans vie sur un terrain et
excitéen salle depresse ou àla télévision.
Là, je me dirais : putain ! je
déconne ou quoi, ce n’est pas moi
ça ! »
La maman de Jo doit être ravie que
la seule connexion entre son fiston
et la boxe se résume à une drôle de
ressemblance avec Cassius Clay.
Son mari, lui, aurait bien aimé, il y a
longtemps, voir ce qu’aurait donné
Jo-Wilfried avec deux boules de cuir
au bout des mains.
« Mon père
adore la boxe et il voulait m’y inscrire quand j’étais môme, se souvient Jo.
Mais ma maman a mis son
veto.
Elle avait peur qu’on abîme la
tête de son fils.
»
La boxe, on y revient encore.
On y
était déjà revenu à Melbourne cette
année quand Jo avait donné du
grain à moudre à la presse australienneenconfiantquesonpèreétait
présent à Kinshasa (république
démocratique du Congo) lors du
« Rumbleinthejungle »entreAliet
Foreman en 1974 (4).
Ali, le père
Tsonga, un ring, l’Afrique, le fils
sosie… ça avait noirci des lignes et
des lignes.
Le grand-père, l’Afrique, ça en a
noirciaussi.
Finfévrier,Jo-Wilfrieda
visité son arbre généalogique, du
côté paternel.
Tintin était allé au
Congo, Jo mourait d’envie d’y aller.
Il a marché dans les rues de PointeNoire (république du Congo), en
pays Tsonga, il a serré dans ses bras
son papi Alphonse, qui n’avait vu
son petit-fils qu’à travers
d’anciennes photos.
Grand-papa
n’avait jamais vu non plus le
moindre match de tennis jusqu’à la
finale de l’Open d’Australie, qui est
arrivée jusqu’àce petit postede télé
dans le quartier de Tié-Tié, au
Congo-Brazzaville.
Il a dû attendre
d’avoir quatre-vingt-trois ans pour
ça.
Aupays,onallaitsurnommer JoWilfried « le Français » et se rappeler qu’il avait de qui tenir.
« Il est le
fils de Didier, excellent sportif des
années 1970 dans la section handball des Diables Noirs de Brazzaville » , écrivaient les Dépêches de
Brazzaville.
« Et, quand je vois ses
réactions sur un court, je peux vous
dire que Jo, c’est Didier peint en
blanc ! », ajoutait l’oncle Faustin
du Congo.
Cette année, Tsonga
aura reçu les félicitations de ses
deux présidents de la République.
D’abord celles de Denis SassouNguesso, à qui
il a offert une
des raquettes
ayant servi à
écrabouiller
Nadal à Melbourne, puis
celles de Nicolas Sarkozy,
peu après la
victoire à Bercy.
Moitié rillettes
du côté de sa
maman, moitié Tié-Tié par
s o n p a p a ,
Tsonga devient, qu’il le veuille ou
non, le porte-drapeau du métissage.
Et parfois, ça le chiffonne.
« Pourquoi ne me demande-t-on
mon avis que sur Lewis Hamilton et Barack Obama et
jamaissur JohnMcCain ou
Felipe Massa ? Et est-ce
qu’on demande à
Gilles Simon ce qu’il
pense de McCain,
qui est blanc
comme lui ?
Jamais ! Bref, on n’est pas sorti de
l’auberge.
C’est pour ça que ma
maman me dit que ce n’est pas
facile d’être métissé.
Les Blacks
disent que t’es blanc et les Blancs
quet’es black.
Donc, t’es toujours le
mecdifférent.
Jenereprésenteniles
Blancs ni les Noirs.
Je suis les
deux.
»
On croirait réentendre Yannick
Noah disant, au mot près, la même
chose, disant qu’il était le « Blanc »
au Cameroun et le « Noir » en
France.
Jo-Wilfried Tsonga est d’ici
etaussi delà.
Etiljoue pourl’équipe
de France de Coupe Davis.
Il a
« vécu » sa première Marseillaise
en février, à Sibiu en Roumanie.
Dans son esprit, ce n’est pas passé
commeunelettreàlaposte.
Etçane
passera jamais comme ça.
Jouer
pour le pays, jouer en équipe, chez
les Tsonga, c’est un chromosome
transmis de père en fils car :
1) Le papa a été international
congolais de handball à la fin des
années 1970.
2) Le petit frère Enzo est
aujourd’hui dans l’effectif du Mans
en basket-ball et il a inscrit ses trois
premiers points en Pro A la veille de
la finale de Jo à Bercy.
3) Lepetit Jo a commencé à en pincer pour le tennis un dimanche en
regardant son père regardant luimême une télévision.
Dans leur
salon, Arnaud Boetsch était en train
de donner la Coupe Davis à la
FrancecontrelaSuède(5).
« Dansle
tennis, ce qui me fait le plus envie,
c’est la Coupe Davis, s’enthousiasme Jo.
Mon rêve, ç’aurait été de
faire un sport d’équipe.
»
À Sibiu, le Manceau fut royal.
Sans
bavure, il apporta un point en
simple contre Pavel.
Mais l’aventure en resta là : blessé au genou
droit, il dut
déserter juste
avant le quart
de finale face
aux États-Unis.
C’était le retour
d e « g r a n d
corps malade »
.
« J’ai toujours
cette petite
peur des blessures en moi,
répète souvent
Tsonga.
C’est
comme dans les
Tontons flingueurs.
Vous
savez, le mec
qui prend une
claqueàchaque
fois qu’il ouvre la porte.
Une fois, ça
va.
Maisfautêtre butépourne pasy
repenser quand tu ouvres la porte la
fois d’après.
Moi, c’est pareil, sauf
que la porte c’est la blessure.
»
Audiard et les Volfoni ont eu un fils,
ils l’ont appelé Tsonga.
De début mai à fin août, Tsonga,
opéré du genou droit pendant
Roland-Garros, adonc disparu dela
circulation.
Et regardé les Jeux
Olympiques se passer de lui.
Ne pas
être à Pékin luia fichuun cafard pas
possible ; hé oui ! jouer pour le
pays, chez les Tsonga… Mais cette
période de frigo n’a pas été peine
perdue.
Car Tsonga avait grand
besoin de se ressourcer.
La « tsongamania » l’avait quelque part
asséché.
Ce n’est pas que Christian
Bîmes l’ait accueilli à son retour de
Melbourne àl’aéroport pour l’aider
àpousser sonchariotàbagagesqui
posa problème.
On ne s’étonnera
que le jour où un président de fédération portera les valises à l’aéroport d’un type battu au premier
tour.
Ce n’est pas non plus la
polémique avec le
directeur du tournoi
des Petits As de
Tarbes qui est
directement
en cause.
Encore que le carton jaune décerné
à Tsonga dans la presse, depuis la
Bigorre,pour avoirannulé uneexhibition là-bas a fortement ému le
joueur.
Le nœud du problème était
ailleurs.
Comme un « star académicien » qui sort du château, Tsonga
s’est fait déstabiliser par l’arrivée
sur lui d’une notoriété brutale.
« Je
n’avais pas de temps pour moi.
Je
donnais des interviews, après
j’allais m’entraîner, après je faisais
ma récup, après j’avais encore des
autographes à signer, après je passais chez les sponsors.
.
.
Bref, ce
n’était pas une vie ! En voulant me
protéger, je me suisfermé auxgens.
Je devenais plus distant.
Et je
n’aimais pas ça.
Maintenant, je
connais les petits pièges et je me
sens mieux préparé à vivre cela .
»
Cela ne sous-entend pas du tout
que Tsonga a désormais l’intention
de se vautrer dans le star-système.
Le snobisme le fait toujours bâiller
et il reste phobique des soirées
mondaines.
Lui, son truc, c’est sa
famille, ses copains, les grands
espaces, la nature et la pêche.
C’est
ce qui lui manque quand il pense à
Savigné-l’Évêque, c’est ce qu’il a
trouvé à La Rippe, petite bourgade
de Suisse, où il a un pied-à-terre
depuis un an.
À ses yeux, La Rippe
n’a pas comme seule qualité d’être
fis c alem e n t
avantageuse.
« Là-bas, c’est
g é n i a l .
J e
connais mes
v o i s i n s , j e
prends mon
petit café dans
le village, il y a
des chevaux
dans un champ
en face de chez
mo i, le lac
Léman à droite,
les montagnes
à gauch e…
Même si je
ga g n e c i n q
tournois du Grand Chelem, c’est de
cette vie-là dont j’aurai toujours
envie.
»
Avant d’en gagner cinq, Tsonga
peut-il déjà en gagner un ? Ses parcours à Melbourne (il a battu Murray, Gasquet, Youzhny et Nadal) et
à Bercy (il a éliminé Djokovic, Roddick, Blake et Nalbandian) ont d
[Less]
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